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CAMILLE BERTAULT QUARTET . MARDI 17 JUILLET

Camille Bertault : Même pas peur.

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    Camille Bertault est une artiste affranchie. Il faut quand même oser: se lancer dans une transcription littéraire du fameux "Giant steps" de John Coltrane n’est pas donné à tout le monde. Mais quand on aime la musique, les mots, les sons, l’humour, et qu’on a une revanche à prendre, on ne s’interdit rien.

  C’est une chanteuse cascadeuse qui chante avec le langage des signes, et parle avec le langage des gammes , très inventive, elle scatte, elle slamme et comme elle est dotée d’une très belle voix, elle monte et descend à toute vitesse.  

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    C’est une chanteuse gymnaste qui fait le grand écart entre la chanson française, la musique classique, et le jazz  Dans " LA OU TU VAS" sa version à elle du solo de J Coltrane, elle enchaîne saltos, flip flaps et rondades vocales. Parfois on se dit que tout cela va mal se terminer, qu’à force de faire la roue, la réception risque d’être périlleuse, mais non, elle s’y retrouve, elle aime trop ce qu’elle fait pour cela. C’est une partition qui parait déjantée, mais elle en contrôle les mécanismes. On n’y comprend pas toujours grand chose, on est à bout de souffle, le tempo est trop rapide, dommage on aimerait retenir quelques clés, quelques formules.

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    C’est une chanteuse humoriste , jouer avec les mots c’est son truc; écrire des textes en français en mode jazzy, un défi qu’elle aime relever. Et elle ne boude pas son plaisir. Dans " Bach Ravel , Satie ", elle s’invente ses Variations et rend hommage à la fantaisie d’E Satie.

  C’est une artiste boulimique, audacieuse, risque tout, elle aime le théâtre, elle en joue,  et donne une version très éméchée de la chanson de Boris Vian "Je bois", jusqu’à se laisser choir sur son pianiste. C’est sa liberté, laisser libre cours à ses envies, s’exprimer, et laisser cette liberté s’échapper comme " Entre les deux immeubles".

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    Mais pour l’instant c’est le jazz qui l’occupe, on sent bien qu’elle en a pour un moment à faire vivre cette musique et avec ses partenaires : "se retrouver autour d’un thème proposé, improviser autour des harmonies ", c’est ainsi qu’elle conçoit le jazz , et avant tout faire sienne la formule de J Brel " le talent c’est d’avoir envie de faire quelque chose". 

PIERRICK PEDRON QUARTET invite ERIC LE LANN . Jeudi 19 juillet

PIERRICK PEDRON Quartet invite ERIC LE LANN  . JEUDI 19 JUILLET 

         "JE SUIS AUX ANGES,  "

       Pierrick Pedron  nous dit être aux anges, mais il n’en laisse rien paraitre.

       Le visage est tendu, tout en angles, le regard sévère, on a parfois l’impression qu’il toise son public. Tant d’austérité, tant de rigueur pour nous jouer " MUM’S EYES ". 

       Nulle lamentation apparente dans ce thème dédié aux yeux d’une mère qui laisse son musicien de fils orphelin. La musique est un langage nous dit on souvent, oui mais , il nous faut bien quelques signes de ponctuation pour comprendre. On pourrait y percevoir comme un long  "pourquoi ?" dans ce "MUM’S EYES ", des notes suspendues, ni tristes, ni gaies qui disent quelque chose de secret . Au piano Carl- Henri Morisset ne nous en dit pas plus, il joue le jeu d’accompagner sobrement cet hommage dépouillé, composé par Pierrick Pedron . 

      Mais revenons aux anges . "Aux anges", parce que heureux de côtoyer des musiciens de jazz bretons, heureux de jouer sur la terre de Bretagne, là où mum’s eyes se sont il n’y a pas si longtemps fermés . Il l’avoue " la Bretagne m’inspire, parce que de toutes façons elle me manque tout le temps ". 

     Toutes les compositions sont de Pierrick Pedron: " VAL ANDRE", "MISTER MILLER", "A BROKEN REED ", " TROLLS ", du dernier album " UNKNOWN". Les jeunes derrière semblent suivre un master XXX  Etienne Renard sue corps et âme mais bon dieu comme il est bon à voir et à entendre dans son désir de sortir plein de Traou mad * de sa contrebasse . Elie-Martin Cherrière à la batterie se la joue cool, sur l’air, non non je ne me laisserai pas enfermer dans un chorus attendu à la porte du garage . 

      Ce qui nous plait dans ce PIERRICK PEDRON Quartet c’est que les articulations entre les musiciens sont finaudes, cela ne se termine pas quand et comme on pense. Ils se jouent des applaudissements d’un public qui veut être aussi de la partie comme toujours. Non, les passes entre les musiciens sont élégantes et surprenantes comme dans une montée en première ligne de rugbymen . 

      Et puis vint le régional de l’étape résidant dans le petit port de Kerdruc tout proche de Rospico . Car en Jazz "on invite", le " bristol " annonçait Pierrick Piedron Quartet invite Eric le Lann. Régional c’est pour le jeu de mot, car Eric Le Lann était déjà qualifié de meilleur trompettiste français par un grand connaisseur de musique de jazz, Vladimir Cosma, embarqué dans un projet périlleux avec Chet Baker il y a quelques décennies .

     Et ce fut un bonheur, Eric le Lann un trompettiste un peu cabossé, avec un humérus fraîchement rétabli, Pierrick Piedron un saxophoniste  épanoui, nous ont amenés là où on aime être, au sommet d’un duo de deux grands du jazz français, sur des compositions d’Eric le Lann  "AYAM ", " TODAY", " C’EST LA NUIT LOLA ".  

     La chance, nous dit Pierrick Pedron quand on est breton, c’est qu’on rencontre de sacrées personnalités, quand en plus ils nous jouent un bon jazz, wouuuaah ! bap bap bip boop. 

 

 

*Traou mad : bonnes choses ( en breton )

 

YILIAN CANIZARES Quintet Mercredi 18 juillet

YILIAN CANIZARES  Quintet MERCREDI 18 JUILLET

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INCANDESCENTE  YILIAN CANIZARES. 

      Dès les premières notes d’ "INVOCATION"  Yilian Canizares met le feu, à la salle des "Jardins de Rospico" ou plutôt y répand une chaleur humaine, sans forcer la note, tout en douceur.

Elle présente ses musiciens  Daniel Stawinsky ( piano ) David Brito (contrebasse ) Cyril Regamey ( batterie percussions ), Inor Sotolongo (percussions), et aussi ceux qui ont compté pour elle. Et pour commencer Luis Carbonell un ami, un poète, elle prend son temps, choisit soigneusement ses mots pour dire ce qu’elle a retenu de lui, ce qui importe : "ce que veut dire être artiste", "ce qui incombe à la responsabilité d’un artiste". 

     C’est un univers musical très ouvert où la chanteuse fait se côtoyer jazz et rythmes afro cubains.

   L’héritage d’Yilian Canizares est riche. Elle sort de son violon de subtils accords, mélodieux, étranges, on pense parfois à une musique venue d’Europe Centrale, mais non, on n’y reste pas longtemps, elle est déjà repartie ailleurs vers son île cubaine. Parfois elle est grave et nous raconte une longue histoire, évoque la mémoire des anciens arrivés d’Afrique, qui n’avaient pas le droit "de danser leurs danses et de prier leurs dieux", et parfois légère et gaie,  se contentant de petites onomatopées,  Ay ! Oy !  sur des rythmes chaloupés. La musique est belle, les percussions  s’en donnent à coeur joie, et la chanteuse à l’art d’alterner la détente, et la concentration. 

    Viendra aussi, pour dire ce que représente la liberté pour elle, l’évocation de son aïeule née esclave et morte libre. Cette chanson " MAPUCHA " elle l’a dédie à Simone Veil.

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   Les femmes françaises sont à l’honneur, c’est avec "Non, je ne regrette rien " qu’elle termine son concert pour, rendre : "mon humble hommage à ma langue d’adoption" . 

   Un concert marqué par une personnalité pour qui, la transmission, les liens entre les êtres, sont fondamentaux, elle nous le chante dans  "DONDE HAY AMOR " " Là où il y a l’amour "… il n’y a pas d’éloignement. 

" Là où il y a l’amour ", il y a Yilian Canizares. 

Yilian canizares jazz y krampouezh 2018

 

RAY LEMA QUINTET Lundi 16 juillet 2018

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RAY LEMA Quintet . Lundi 16 juillet .  "NOUS ALLONS JOUER POUR TOI", 

"J’espère que là où tu es, tu entends cela ". C’est au présent que Ray Lema s’adresse à Didier Lockwood grand absent de ce 8 ème festival Jazz’y Krampouezh . 

"AMI" est le premier titre de ce concert qu’il lui dédie, un titre en hommage à  Aminata  Traore ."AMI ", dans ce contexte prend tout son sens, celui de l’amitié, de l’estime d’un grand pianiste pour un grand violoniste . 

  Les mains de Ray Lema quittent le clavier, il écoute ses musiciens applaudit doucement, et sourit,  sourit au public, sourit à la musique . 

  Ray Lema nous est revenu quatre ans après avec sa fine équipe, Irving Acao ( saxophone ) Sylvain Gontard ( trompette ), Nicolas Viccaro ( batterie ) et le nouveau venu, l’excellent bassiste Michel Alibo . Ils nous joueront des thèmes bien connus du public : "Anikulapo" , "Matongue" mais aussi  Headbug ou Nâab superbe ballade de son dernier album . 

   C’est un concert d’une folle gaité, spontanéité, humour, harmonie entre saxophoniste et trompettiste complices . Le plaisir de jouer ensemble est manifeste rien ne peut les arrêter, et quand cela s’arrête Ray Lema demande une pause 

" il faut me permettre de boire un peu parce qu’avec cette équipe de tueurs …."

  Une équipe de tueurs qui a mis tout le monde K O de bonheur. Le public en redemande, mais il faut s’arrêter : "Nous voici à la fin du voyage, quand on va quelque part il faut bien s’arrêter non ? " nous dit Ray Lema malicieux , il concède un bis le "der des der". Les musiciens sont hilares la salle debout, Ray Lema peut enfin souffler, étreint Irving Acao et la bande nous quitte, mission accomplie Didier, ils ont joué pour toi, le temps s’est aboli, le public en témoigne : "ils nous ont rendus très heureux, détachés du temps."…   

KYLE EASTWOOD Quintet Dimanche 15 juillet 2018

 

  Kyle Eastwood Quintet  Dimanche 15 juillet

 

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  "LET’ S PLAY MUSIC " .

     D’emblée le ton est donné, Quentin Collins le trompettiste du Kyle Eastwood Quintet piaffe d’en découdre et le dit fermement " Let’s play music", on y va, on joue .

  Après les bleus, la finale la coupe, place à la musique. Le sport n’a pas pas volé la vedette à la musique, ce 15 juillet aux " Jardins de Rospico ". Le public avait su anticiper depuis quelques jours, et le Quintet de Kyle Eastwood a joué à guichets fermés .

    Une formation solide, une équipe soutenue tout de suite par son public, aux premiers échanges de Rocking Ronnies, puis tout au long de ce concert les applaudissements viendront saluer les solos de Kyle Eastwood (contrebasse, basses) Jim Watson ( piano) , Brendon Allen (saxophones ), Quentin Collins , et Chris Higginbotom ( batterie ) .

   Kyle Eastwood glisse quelques mots sympathiques pour la France en ce jour de finale victorieuse, présente ses musiciens et enchaîne avec  "Soul full times " une belle composition de Quentin Collins , l’homme qui ne peut s’empêcher de jouer. Même quand il ne souffle pas dans sa trompette, il la maintient fermement, les yeux rivés droits devant lui, concentré, habité ,  

les doigts virevoltant sans cesse au dessus des pistons,

   De la cohésion, de la puissance, une volonté de jouer sans faille, un Quintet au carré qui nous livre un jazz classique énergique avec de belles passes de virtuosité du pianiste Jim Watson, et des fantaisies d‘un Kyle Eastwood à la basse . 

   Un rythme soutenu,des reprise de standards, des échappées vers d’autres univers comme  "Marrakech" quand  la contrebasse de Kyle Eastwood se fait "oud" le temps de quelques notes . Les exemplaires du dernier album de Kyle Eastwood " IN TRANSIT " sont vite partis à l’issue du concert .

On ne lâche, rien tout pour la musique, cinq grands musiciens qui n’ont rien laissé en transit,  hormis quelques beaux souvenirs pour le public de Jazz’y Krampouezh . 

Cyrille AIMEE quintet jeudi 20 juillet 2017

Photo cyrille aimee blog
 
IT IS A GOOD DAY. (C’ EST UN BON JOUR ) CYRILLE AIMEE.
C’était le bon jour pour venir au festival "Jazz’y Krampouezh"et de toutes façons le dernier.
Cyrille Aimée entame son tour de chant en le claironnant haut et fort : It is a good day, un thème chanté par Peggy Lee et qui donne le "la" de la soirée.
Pétillante, une voix haut perchée, un déhanchement irrépressible, au rythme de la batterie de Yoan Serra ; Cyrille Aimée a une belle présence sur scène.
Elle nous vient de New York après avoir passé son enfance en France du côté de Samois sur Seine…Une telle proximité, grandir près de la ville du fameux festival Django Reinhardt, cela vous marque.
Elle apprend la guitare et très jeune se découvre une passion pour le chant. Elle gagne New York et y peaufine sa formation musicale.
Elle chante en anglais, mais quand elle s’adresse à son public, cela fait un drôle de mélange marqué par un petit accent franco canadien.
Avec un franc sourire elle annonce, There is a hole in my life. Il y a un vide ans ma vie. On  a un peu de mal à la croire. Elle s’amuse de tout, de sa machine à faire des loopings, qui se suivent se superposent, se confondent finissent par faire une composition polyphonique à part entière et un ensemble à elle seule.
Elle ne dédaigne pas non plus accompagner Jérémy Bruyère à la contrebasse, en pinçant des cordes imaginaires, et met sa voix à rude épreuve, jouant de scats dans un duo assez réussi.
Mais surtout pour la servir elle s’est offert la collaboration de deux grands guitaristes Adrien Moignard et Mickaël Vileanu.
Adrien Moignard avait déjà donné une idée de l’étendue de son talent il y a deux aux Jardins de Rospico. Les amateurs de jazz manouche auront apprécié les beaux échanges entre guitare acoustique et guitare électrique.
Dernier thème du concert "Caravan" la marraine de Jazz’y Krampouezh 2017 fait donner un dernier solo de batterie pour conclure cette semaine dédiée à la musique de jazz.Thème de circonstance dans quelques heures la caravane du festival de jazz lève le camp à Rospico.
 
Christiane PICHON